Les bonnes pratiques de l'éloquence

Chaque domaine a ses propres attentes et pour parvenir à les atteindre une méthode existe. Les concours d’éloquence dont fait partie le Concours International d’éloquence de l’université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ne font pas exception à la règle.

Le concours étant ouvert à l’ensemble des étudiants de l’université, dont ceux n’ayant pas d’expérience antérieure dans la pratique de l’art oratoire, ce document, rédigé par les associations co-organisatrices du concours constitue une introduction aux grandes règles et bonnes pratiques à respecter dans la préparation de son passage. Vous retrouverez donc ci-dessous des conseils pour apprendre à construire un discours simple, clair et convaincant, et ainsi, être en mesure d’offrir à votre auditoire la meilleure performance oratoire possible. 

Comment construire une plaidoirie ? 

Une plaidoirie se construit avec des éléments qui peuvent plus ou moins varier, mais dont la forme reste relativement fixe. On retrouve en premier, votre accroche. Elle doit avoir pour objet d’accrocher votre auditoire, de donner envie à votre public de vous écouter. Il est important de définir votre sujet, le sens que vous lui donnez, le sens que vous donnez à chacun des termes. Le jury n’étant pas dans votre tête ou n’ayant pas nécessairement la même vision que vous, vous devez être clairs pour ne perdre personne une fois votre argumentaire entamé. 

Votre lecture du sujet doit être multiple pour en comprendre tous les sens possibles et éviter tout potentiel hors-sujet. 

La rédaction de votre plaidoirie ne se fait pas nécessairement d’une traite. Il ne faut pas avoir peur d’écrire, de barrer, de recommencer, d’être bloqué. Tout ce qui est écrit ne doit pas être parfait, il faut revenir à de multiples reprises sur ce qu’on a déjà écrit car l’inspiration peut se produire en plusieurs fois pour tourner le sujet dans tous les sens et trouver celui qui nous plaît le plus. Réfléchir dans les transports, avant de s’endormir, en écoutant de la musique, sous la douche… et écrire chaque idée quelque part (l’application note est votre meilleure amie) pour ensuite prendre le temps de tout bien rédiger, organiser, structurer, hiérarchiser. Prendre le temps pour réfléchir, c’est faire mûrir pour mieux écrire.

Dans une plaidoirie, vous avez une position imposée, positive ou négative. En fonction de cette position, vous devez élaborer une thèse, qui sera soutenue par un argumentaire. Votre thèse ne doit pas se limiter à une reformulation de votre position, vous devez réussir à apporter un supplément, votre "patte”, quelque chose auquel on n’aurait pas pensé instinctivement, et qui montre que vous avez réfléchi au sujet. Votre thèse doit être difficilement réfutable, vous devez en montrer la nécessité en utilisant la chaîne des pourquoi. En effet, si vous défendez une position, il ne faut surtout pas donner l’avantage à l’opposition en adoptant une position souple.

Qu’est-ce que la chaîne des “pourquoi ?” 

Par exemple, pour le sujet « Il en faut peu pour être heureux » à la positive, vous devez vous demander « pourquoi il en faut peu pour être heureux ? Parce que des petites choses font naître du bonheur. Pourquoi des petites choses font naître du bonheur ? Parce que… ». L’outil de la chaîne des pourquoi est à utiliser lors de la préparation de la plaide, mais il peut être intéressant de la retrouver sous une forme plus subtile dans la plaide elle-même.

Qu’est-ce qu’une position souple ? 

Par exemple, si le sujet est “l’amour rend aveugle” et que vous avez une position négative, vous ne devez pas dire : “l’amour nous met dans le flou certes mais il nous fait voir clair…” mais imposer sa position : “l’amour nous fait voir clair”.

Comment défendre une thèse ? 

Une thèse doit se défendre par un argument. 

En principe une plaidoirie de 4 à 5 minutes ne doit pas développer plus d’un argument afin d’aller réellement au bout de votre propos et ne pas laisser la place à votre contradicteur de dénaturer, réfuter aisément votre argumentaire. 

Un exemple non abouti ou un argument vague, laisse la place au public, au jury, mais surtout à votre contradicteur de trouver un contre exemple, une nuance. Un argument bien étoffé, clair et justifié sera plus intéressant que plusieurs arguments mal amenés et ambigus. S’il est original et bien construit, l’argument sera forcément plus intéressant et l’écoute des jurés plus attentive.

Qu’est-ce qu’un bon argument ?

Un argument est clair quand il est bien expliqué, justifié, illustré. Ainsi, il ne faut surtout pas hésiter à donner des exemples pour expliciter l’argument que vous présentez dans votre thèse. 

Les exemples peuvent être de nature différente. Votre exemple est présent pour soutenir votre thèse et argument, non pas pour les remplacer. Ne chargez donc pas votre plaidoirie de plusieurs exemples au dépend de votre démonstration et de la clarté de vos propos. (En ce sens, il vaut mieux user d’un exemple qui parle de vous, qui est plus ou moins personnel et qui parlera plus facilement au public et au jury, et leur permettra de se retrouver dans votre plaidoirie).

Enfin, même si le fond de votre plaide se doit d’être particulièrement travaillé pour toucher, convaincre, persuader l’auditoire, la forme que vous donnez à votre plaide est importante. Les variations d’intonation doivent accompagner votre propos. Si vous souhaitez toucher votre interlocuteur, le ton que vous employez compte. Parler d’amour, de sentiments sur un ton monotone, trop sérieux ne vous permettra pas d’attacher le public. Les variations de rythme sont également importantes afin de créer des ruptures dans votre plaidoirie. Vous ne racontez pas une histoire, vous êtes là pour convaincre le public par votre argumentaire, le toucher et le persuader par votre pathos.

Vous êtes tous légitimes à prendre la parole du moment que vous êtes inscrits, alors prenez confiance et profitez du moment. Le jury et le public sont présents pour vous écouter, vous découvrir à travers votre plaidoirie. 


Conseils généraux supplémentaires : 

  • Rappelez votre thèse au cours de votre plaidoirie 

Même si vous n’avez que quelques minutes pour présenter votre sujet et votre position par rapport à celui-ci, n’hésitez pas à rappeler votre position justement pour montrer au jury que vous avez bien compris les termes du sujet, les idées que vous défendez. Cela montre une certaine cohérence du propos.

  • Faire lire votre plaidoirie pour avoir des retours. Filmer votre plaidoirie pour avoir une auto-critique. 

N’hésitez pas  à préparer votre discours avec d’autres personnes, ou bien à vous filmer pour vous regarder et réfléchir à votre performance. Plus vous ferez appel à un large public, plus les conseils seront nombreux, variés et pourront vous donner le choix de réfléchir à ce que vous avez déjà produit pour rendre le rendu encore plus qualitatif, personnel et agréable à l’oreille. 

Bien que ce soit vous, votre plume, vos mots, vos arguments, votre interprétation du sujet, la plaidoirie est également un exercice qui fonctionne grâce à l’écoute d’un public qui doit avoir envie de vous entendre, de vous comprendre, d’être d’accord avec vous, ou, au contraire, d’être en désaccord.

  • Renseignez-vous sur le type de concours auquel vous êtes inscrit, visionnez les précédentes éditions pour avoir une idée de ce qui vous est demandé. 

Le concours est-il juridique, artistique ou les deux ? Quels sont les jurés, si leurs noms sont donnés ? Quel est le type de discours que vous devez  préparer (plaidoirie de 5 min ou de temps variable, improvisation, débat, joutes oratoires avec un droit de réponse…) ? 

Pour vous aiguiller pendant votre écriture, il est grandement conseillé d’aller visionner les discours des finalistes des années précédentes pour se donner une meilleure idée des attendus du concours, tant sur la forme que sur le fond défendu. Cela peut provoquer de l’anxiété ou vous mettre une pression supplémentaire au regard du niveau de ces derniers mais il faut réussir à passer outre pour s’intéresser à la structure des plaidoiries des orateurs et oratrices, à leur style propre, à leur manière de plaider… Attention, votre visionnage ne doit pas avoir pour objet de reproduire un style précis, le jury et le public souhaite vous connaître en tant qu’orateur et non pas quelqu’un d’autre. Ce qui fonctionne pour certains orateurs, ne fonctionne pas nécessairement pour tous. 

  • Utilisez des références, citations pour appuyer votre propos (toujours avec modération!)

L'une des astuces les plus fréquentes pour servir vos arguments passe par la recherche de références de toutes formes aux termes de votre sujet voire même au sujet lui-même : citations de films, d’auteurs et d'auteures, artistiques (de films et de musiques…) pour vous en imprégner et donner des mots aux jurés qui vous ont touché pour qu’ils perçoivent encore plus les émotions de votre thèse. Par contre, Attention ! Il ne faut pas nommer l’auteur/e de la référence car ne pas l'énoncer provoque deux effets qui vous sont positifs : soit l’un des membres du jury (ou tous si c’est une référence très connue) perçoit cette référence et se rattache à votre discours puisqu’il est satisfait de l’avoir perçu. Cela permet de mieux suivre ce que vous dites à ce moment-là. Soit cette même personne ne l’a pas et à ce moment-là, énoncer cette référence élève intellectuellement ce que vous dites (ce sont les effets de la notion “stand on giants’ shoulders”). 

Attention également à ne pas utiliser trop de références dans votre plaidoirie. Le texte reste le vôtre. Nous sommes là pour vous écouter vous et non pas pour avoir l’avis des autres. Vous avez l’opportunité d’être réellement écouté, votre texte n’est pas une dissertation, alors une référence, une citation qui sert votre vision sera toujours la bienvenue, mais ne faîtes pas un catalogue qui empêchera le public de se reconnaître en vous et de prendre plaisir à vous écouter.

  • Pour donner à votre discours une allure encore plus travaillée, il est grandement conseillé d’y ajouter des figures de styles en tout genre qui peuvent, par la même occasion, vous servir pour insérer une saillie, une blague, un adage… : comparaison, gradation, répétition, accumulation, la litote, l’oxymore, la métaphore, la personnification…
  • Prenez du plaisir !

Prenez plaisir non seulement à écrire, mais également à plaider, à être écouté. Un concours d’éloquence est toujours stressant, mais non seulement vous êtes légitimes, mais surtout l’auditoire est présent pour vous écouter. Il a fait le choix de vous écouter, alors ne vous excusez pas et profitez du moment. Pendant quelques minutes, ce sont vos mots qui vont résonner  dans nos têtes. L’expérience est unique et toujours plus belle quand on y prend du plaisir. Une plaide qui touche n’est pas forcément parfaite, alors ne soyez pas trop rude avec vous-même et essayez d’aimer votre texte. En principe s’il est bien construit, plaidé et vous touche, il devrait nous atteindre également.